ENTRETIEN – DR JEAN-PHILIP DESLAURIERS

La rhumatologie, c’est une spécialité complexe, parfois méconnue du grand public. Comment décrieriez-vous votre rôle et les défis propres à cette discipline ? C’est quoi la rhumatologie ?

C’est une branche de la médecine qui s’occupe de patients atteints de maladies auto-immunes. Une maladie auto-immune, c’est quand le système immunitaire d’une personne se retourne contre lui-même. Plus particulièrement pour les maladies auto-immunes, c’est notre système immunitaire qui attaque nos articulations. L’objectif en rhumatologie est d’accompagner les patients dans la gestion de leurs maladies, car la plupart de ces maladies ne peuvent être guéries. Quand on parle de guérison, cela signifie que, grâce aux traitements, la maladie disparaît complètement et que le patient n’a plus besoin de suivi. Ce qu’on vise à obtenir en rhumatologie, bien souvent, c’est la rémission et que la maladie soit « endormie » grâce aux traitements.

Ce sont des patients que nous ne pouvons pas abandonner. Nous voulons que, le plus rapidement possible, leur condition médicale aille mieux. On vise à augmenter leur qualité de vie et, une fois l’objectif atteint, de maintenir ce résultat par des suivis réguliers. Le plus grand défi aujourd’hui, c’est de ne pas être en mesure de fournir à la demande. Depuis que j’ai commencé en 2018, j’ai 3500 patients actifs, ce qui est énorme!

L’alUMni de l’Université de Moncton est fière d’avoir remis, lors de la Soirée Ovation le 23 octobre, le prix Émergence 2025 au docteur Jean-Philip Deslauriers. Cette distinction témoigne de la force d’un leadership qui inspire, innove et crée un impact au sein de nos communautés. 

Dans le cadre de sa nouvelle collaboration avec 93,5 Codiac FM, L’alUMni a lancé « Le Balado alUMni », et a eu le privilège d’y recevoir le Dr Deslauriers pour une entrevue des plus enrichissantes.

Venez découvrir une sélection des meilleurs moments de l’entrevue, accompagné de captations vidéo, et explorer les nombreux succès qui marquent déjà la jeune carrière de ce diplômé remarquable.

Rhumatologue, chef de rhumatologie du Réseau de santé Vitalité [régie régionale de la santé couvrant tout le nord et le sud‑est du Nouveau‑Brunswick], chef de la médecine interne de la zone 6 [le nord-est du Nouveau-Brunswick], représentant des rhumatologues pour les réseaux de santé Vitalité et Horizon [régie régionale de la santé couvrant tout le centre, le sud et le sud‑ouest du Nouveau‑Brunswick], fondateur et partenaire d’une coopérative médicale dans la région de Bathurst, et papa de jumeaux, le Dr Deslauriers s’est rapidement imposé dans le système de santé du Nouveau-Brunswick.

Il s’est également vu décerné le titre de Jeune entrepreneur de l’année 2023 par la Chambre de commerce Chaleur.

NDLR : L’entrevue transcrite a été reformatée afin d’en offrir une lecture plus fluide, sans en altérer le contenu.

Qu’avez-vous ressenti en apprenant que vous receviez le prix Émergence ? Que signifie pour vous cette reconnaissance ?

C’est certain que c’est tout un honneur que de recevoir cette distinction. Le fait qu’elle provienne de l’Université de Moncton, la rend plus d’autant honorable. J’ai un lien étroit avec l’Université. Pour ma conjointe et moi, à la fin du secondaire, il était évident que nous irions à l’Université de Moncton, ce n’était même pas une question. Avoir une université francophone dans notre région et le privilège d’étudier dans notre langue, nous avons été choyés d’avoir cette opportunité. Cela a servi de tremplin qui a permis les accomplissements que vous avez mentionnés.

Qu'est-ce qui vous a inspiré à poursuivre une carrière en médecine et plus précisément en rhumatologie?

C'est une très bonne question! Mon père est chirurgien thoracique, donc depuis que j'étais tout jeune, j'idéalisais mon papa. Même au secondaire, dans mon cartable de fin d'année, où l’on devait inscrire nos ambitions futures, j'avais noté « Médecins sans frontières » et indiqué que mon idole était mon père. J'ai toujours su que je voulais faire de la médecine, mais je pensais vouloir devenir chirurgien thoracique, jusqu'au moment où j'ai fait un stage en chirurgie thoracique à l'externat. Ma conjointe, que je n'avais pas vue depuis plusieurs mois, était en stage dans le même milieu.

Pendant le stage, on ne s’est presque pas vus. La chirurgie thoracique est très exigeante, surtout du point de vue familial. Rapidement dans mon parcours, j’ai décidé de choisir un domaine que j’allais aimer, mais qui me permettrait aussi de concilier travail et vie de famille. J’étais déjà bien avancé dans mon parcours quand j’ai réalisé que la chirurgie thoracique n’était finalement pas pour moi. Je ne savais pas encore dans quelle spécialité je m’orienterais, mais j’aimais absolument tout en médecine. Je me suis alors dit : je vais devenir médecin de famille.

Au fil des stages de médecine interne, je n’avais toujours pas déterminé ma spécialité. Puis, j’ai fait un stage avec [le docteur] Léo Picard à Moncton, un rhumatologue, et cela a vraiment marqué mon cheminement. J’ai vu à quel point il pouvait aider ses patients. Ce que j’ai particulièrement apprécié, ce sont les suivis longitudinaux. Toutes les spécialités n’offrent pas cela : pouvoir évaluer un patient au départ et le suivre au fil des semaines et des mois, l’aider progressivement, le voir s’améliorer, l’accompagner dans les bons comme dans les moins bons moments.

Ça m’a profondément touché. C’est à ce moment-là que j’ai su que je voulais postuler en rhumatologie. Grâce à l’effort, au travail et un peu de chance, j’y suis entré, et aujourd’hui, je ne ferais rien d’autre. 

Photo de Dr Deslauriers en compagnie de Dre Arseneau

Dr Jean-Philip Deslauriers et l’équipe de la coopérative

Je traite 25 pouces de paperasse par semaine et nous recevons beaucoup plus de demandes de consultations que je ne peux en offrir. Il arrive que nous recevions jusqu’à 80 demandes de consultation par semaine. Ces patients viennent de partout dans la province, car l’accès à la rhumatologie est très difficile. La conciliation entre les obligations du travail et celles de la famille, c’est ça qui est le plus difficile. Nous faisons donc du recrutement actif pour trouver un deuxième rhumatologue qui pourrait venir m’épauler. 

Vous avez déjà accompli beaucoup de choses en début de carrière. De quelle réalisation professionnelle êtes-vous le plus fier à ce jour ?

C’est la coopérative, et de loin ! Les médecins ont beaucoup d’obligations professionnelles. Celle-ci comprend 10 médecins de famille, dont moi en rhumatologie, un pneumologue, un néphrologue et trois internistes généraux. Nous avons vraiment une belle complicité et chacun nos sphères d’expertise. Pour les patients, c’est incroyable puisque nous nous épaulons l’un l’autre pour leur bien.

Nous ne travaillons pas uniquement dans un bureau communautaire, car nous avons tous des obligations dans les hôpitaux. Il est certain que lorsque nous avons du personnel infirmier pour nous appuyer dans notre travail, nous sommes beaucoup plus efficaces et la qualité de soins augmente.  

Dans notre clinique, l’équipe est formée pour travailler avec plusieurs médecins, ce qui rend notre organisation plus efficace. La vision de la coopérative a toujours été claire : chacun de nous a un travail à accomplir, alors nous partageons nos ressources humaines, si précieuses, ainsi que nos ressources matérielles. Nous sommes tous propriétaires à parts égales de la coopérative, et j’en suis fier. Cela nous permet aujourd’hui d’offrir de meilleurs soins qu’auparavant, grâce à l’équipe exceptionnelle que nous formons.

Je suis ici aujourd’hui, mais je ne suis pas seul. Nous formons une grande équipe, des partenaires de travail, et nous nous épanouissons ensemble. 

Avez-vous un conseil pour les personnes étudiantes en santé ou pour celles et ceux qui envisagent une carrière en santé ?

Suivez vos passions, c’est ça le plus important. Nos intérêts peuvent changer tout au long de notre parcours. Lorsque nous sommes passionnés par ce que nous faisons, c’est cela qui importe le plus. Je ne me verrais pas me réveiller le matin et effectuer ce travail, si je ne l’aimais pas. 

«

»

Quels sont vos projets pour les prochaines années ?

J’ai toujours 25 projets en même temps! Je ne peux rien dévoiler pour le moment, mais ce que je peux dire, c’est que cela a plus de sens que je me déplace en région éloignée plutôt que de demander à 50 patients, avec leurs personnes accompagnatrices, de se déplacer jusqu’à ma clinique pour accéder à des soins. Deux mots que j’aime en médecine : projet pilote.

Je me sens privilégié de travailler dans le Réseau de santé Vitalité, car il est très ouvert à ce type d’initiative. La question centrale est toujours : est-ce que cela va améliorer les soins aux patients ? Si la réponse est oui, alors comment pouvons-nous mettre le projet en œuvre ? C’est ainsi qu’est né le projet des “cliniques ouvertes” dans les communautés des Premières Nations. Nous voulions offrir un accès aux soins avec le moins de barrières possible.

L’objectif est de soutenir le plus grand nombre de personnes possibles en expliquant les maladies et les traitements possibles. Dans ces cliniques, les patients n’ont pas besoin de référence pour s’y rendre, cela facilite grandement l’accès. Plusieurs partenaires clés soutiennent ce projet et, l’impact est très positif. 

Photo prise lors de la remise du trophée du prix Émergence 2025, 23 octobre, Pavillon Jeanne-de-Valois, campus de Moncton

De gauche à droite : Docteur Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, Docteur Jean-Philip Deslauriers, lauréat du Prix Émergence 2025 et Eddie Rutanga, président de L’alUMni au moment de la prise de photo.

Avez-vous un conseil pour les futurs alumni ?

Nous sommes privilégiés d’être suffisamment en santé pour poursuivre des études postsecondaires. Le succès ne se mesure pas par des titres ou des lettres accolées à son nom. Le vrai succès, c’est d’avoir un impact positif dans sa communauté. Une phrase qui me tient à cœur est : « Une marée qui monte fait monter tous les bateaux en même temps. »

Visez l’excellence, le succès; aidez les gens autour de vous et, ayez un impact positif sur vos communautés. 

Lors de la Soirée Ovation, L’alUMni a produit des vidéos hommages afin de mettre en lumière le parcours exceptionnel de nos deux récipiendaires.

Découvrez ici le récit inspirant de Mme Aldéa Landry, récipiendaire de l'Ordre du mérite, ainsi que celui du Dr Jean-Philip Deslauriers, honoré du Prix émergence. Ces vidéos sont enrichies par les témoignages de collègues, proches et membres de la communauté qui les ont côtoyés et qui ont été profondément marqués par ces figures d’exception.

Mme Aldéa Landry | Prix d'excellence de L'alUMni | Ordre du mérite

Dr Jean-Philip Deslauriers | Prix d'excellence de L'alUMni | Prix émergence